Et avec ta femme, ça va mieux ?
Oui, plutôt bien.
C'est bien.
Ou presque. Entre nous, ça va mieux, dans la mesure où il semblerait que je ne l'insupporte plus assez pour qu'elle me tire la tronche, ni ne me reproche ouvertement quoi que ce soit - il faut dire que je fais pas mal d'efforts. Elle, par contre, va toujours aussi mal, voire pire encore si je l'en crois.
Et je sature. Je n'en peux plus. Je suis moralement épuisé. Pris individuellement, ses monologues plaintifs sont tout à fait justifiés, rationnels et sensés. Mais leur litanie les fait se confondre dans un bruit de fond inintelligible.
Aussitôt passé la porte d'entrée, je me jette sur une première bière et les enchaîne ainsi jusqu'au niveau de semi-ébriété, de flottement qui me permettra de rester serein. Comme lorsque je suis dans mon bain, les oreilles sous l'eau, et que je perçois vaguement le murmure de l'immeuble et de la ville, les yeux clos et le poids de mon corps réduit de celui de l'eau qu'il déplace (Archimède, mon amour).
Je sais qu'il ne faudrait pas, il n'y a aucune raison qui fasse que cela arrive justement maintenant, je ne me sens même plus particulièrement frustré (c'est même à peine si je me masturbe), simplement, je décroche.
